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Le stress : définitions et mécanismes

 En pointant pour la première fois du doigt la notion de stress en 1935, sous l’appellation de Syndrome Général d’Adaptation, l'endocrinologiste canadien Hans Selye ne se figurait sûrement pas l’ampleur que ce phénomène allait prendre en marge de l’évolution des modes de vie modernes. Aujourd’hui, largement passé dans le langage courant, le mot décrit une réalité dont bien peu se disent exempts. Qu’on le prenne dans son acceptation étymologique anglaise (distress « affliction, surmenage ») ou française (destrece « détresse »), qu’on s’en serve de raccourci pudique pour décrire un mal-être, il semble être à la charnière de bien des troubles.
 Mais si le stress induit des malaises croissant de la peur à l’angoisse, en passant par une anxiété chronique, il s’en distingue puisqu’il ne tient pas du registre de l’émotion pure et s’ancre dans un fonctionnement physique. Il n’est pas une maladie en soi, mais une réponse spécifique (perceptive) et générale de l’organisme au devant de tensions physiques, psychologiques et émotionnelles.
 En mettant en marche les systèmes nerveux et endocrinien, il conforte notre capacité réactive et adaptative. Si la stimulation n’est pas anormalement élevée, on parle de bon stress (eu stress) ou de « bonne fatigue » (trac des artistes, des sportifs). Au contraire, s’il s’inscrit dans la durée et nous contraint de façon excessive (distress), notre capacité d’adaptation est mise en échec et devient source de déséquilibres physiques, psychiques et comportementaux (soucis relationnels, épreuves).
 Au-delà de la symptomatologie impressionnante à laquelle le stress est corrélé, il nous revient de prendre ce signal d’alarme au sérieux et de nous interroger sur notre tendance à repousser sans cesse nos limites. A l’heure où l’endémie s’étend aux enfants et aux personnes âgées, il apparaît primordial d’en apprendre la gestion. Une mise en lumière de ses causes et mécanismes nous assurera à coup sûr les meilleures dispositions préliminaires.  

Les mécanismes du stress - Le système nerveux règle les relations entre les différents organes et les relations entre l'organisme et son environnement. Le système nerveux cérébro-spinal (perception sensorielle et motricité) gère les relations avec le monde extérieur. En cas de stress, le système nerveux sympathique (indépendant de la volonté, réflexif) est déséquilibré par hyperstimulation (le stress perçu à partir de stimuli envoie un message à l'hypothalamus, à l'hypophyse et au système nerveux autonome) et n’assure donc plus l'équilibre du milieu intérieur (l'homéostasie). Ces deux systèmes sont donc nécessaires et complémentaires.
 Le processus de stress se découpe quant à lui en quatre phases. La première, dite d’alarme, intervient lors de la confrontation avec la situation évaluée comme stressante : des hormones sont libérées par le système sympathique via la glande médullosurrénale, les catécholamines (adrénaline à 80% et noradrénaline à 20%). Elles ont pour effet d'augmenter la fréquence cardiaque, la tension artérielle, les niveaux de vigilance, la température corporelle et de provoquer une vasodilatation des vaisseaux des muscles pour préparer l'organisme au "combat ou à la fuite".
 Dans un deuxième temps, si la situation persiste, commence la phase de résistance : un second axe neurohormonal, l'axe corticotrope, est activé, préparant l'organisme aux dépenses énergétiques que nécessitera la réponse au stress. De nouvelles hormones, les glucocorticoïdes, sont sécrétées : elles augmentent le taux de sucre dans le sang pour apporter l'énergie nécessaire aux muscles, au cœur et au cerveau, en y maintenant un apport constant en glucose. Survient ensuite, si la situation stressante se prolonge encore ou s'intensifie, la phase d’épuisement, caractérisée par une hyperstimulation de l'axe corticotrope : le système nerveux central devient moins sensible aux glucocorticoïdes. L'organisme est alors submergé d'hormones pouvant nuire à la santé. C’est le retour à l'équilibre.

Les causes du stress – Il existe un grand nombre de stressors. Génériquement, on recense les facteurs stressants liés à l’environnement physique, les causes psychologiques et le rythme de vie. 
 L’environnement physique joue en effet un grand rôle dans l’apparition du stress. Les blessures (brûlure, fracture), l’effort intense ou le danger de mort imminente ; les sensations de l’environnement (température, faim, soif, douleur, bruit, odeurs ou couleurs fortes) ; les causes biologiques telles que l'excès en mauvais sucres ou mauvaises graisses, ou bien l'insuffisance en éléments nutritifs essentiels (acides aminés, vitamines, sels minéraux) sont sources de stress. Tabac, alcool détruisent la réserve de vitamines et sels minéraux du corps et stimulent excessivement le système nerveux sympathique. Le café augmente instantanément la sécrétion d'adrénaline.
 Mais les causes psychologiques sont les plus fréquentes et les plus prégnantes (peur intense, angoisse, phobie, maladie, deuil, frustration, divorce, mariage, passion). Elles se catégorisent en ce qui vient de l'autre et de mon environnement (insatisfaction, victimisation, incompris) et en ce qui vient de moi (les obligations que je m'impose, mes croyances déraisonnables). D’un point de vue événementiel, on distingue cinq grandes causes : les agressions (attaque, abus sexuel), les pertes (divorce, deuil, avortement, exil), les catastrophes naturelles (tremblement de terre, ouragan), les accidents de transport, les expériences de la vie (chagrin, tracas, humiliation, maladie, traumatisme, blessure), les opérations chirurgicales.
 S’ajoutent encore la situation et le rythme de vie, notamment quand ils sont marqués par la précarité : stress économique, logement, pauvreté, chômage, dépendance, adversité, privation, détresse, démoralisation ; par l'épuisement (suractivité, prise en charge d’un malade ; insomnies) ; par l’isolement social : absence d'aide, solitude, séparation, incarcération ; par des situations particulières : grossesse, post-trauma. La gestion du temps de vie, la trépidence de la vie moderne, les transports, l’incapacité à se détendre complètement contribuent largement à développer un stress récurrent. Mais la cause professionnelle, d’après la troisième enquête européenne sur les conditions de travail de 2000, est source de stress pour 28% des salariés européens. Et ce de plus en plus, si l’on en croit le Credoc, qui fait état d’un doublement du nombre de stressés en dix ans (fiche n°…).

Prédispositions au stress - Un constat rude et pourtant vérifiable au quotidien montre que les individus ne sont pas sensibles au stress à l’identique. Certes, le processus physiologique du stress est universel, mais les réactions au stress demeurent individuelles. La perception que nous avons du stressor entre bien évidemment en jeu dans notre capacité à y faire face. Elle décline notre adaptabilité physiologique et psychologique. Toutefois, notre patrimoine génétique détermine pour une part notre sensibilité au stress. Dans une publication du 18 juillet 2000 de la revue Science éditée par la société américaine des sciences, on apprend que le gène vecteur de la sérotonine présenterait en effet une vulnérabilité au stress en fonction de sa longueur.
 D’un point de vue cognitif, le stress éprouvé au cours de l’existence apporte également des réactions spécifiques à l’individu. Qu’il soit traumatique (naissance en pays en guerre, torture…) ou objectif (deuil, le passage d’un examen, un accident), il conditionne fortement notre capacité à le gérer. Qui plus est, face à une situation que nous associons à une expérience passée, nous répondons par une stimulation hormonale d'une intensité et d'une durée influencées par celle précédemment mémorisée. Difficile dans ces conditions de dresser un profil type du stressé.
 En réalité, tous les âges sont concernés, notamment lors des périodes de transitions. A noter toutefois que le stress frappe davantage les femmes, surtout entre 20 et 30 ans, que l’état de vieillesse engendre une usure progressive de la capacité à le gérer. La durée du stress ne met également pas en jeu le même brassage moléculaire. Et un stress aigu demeure nettement moins nocif qu’un stress à moyen ou long terme, malgré l’effet d’habituation. En tout état de cause, un état d’instabilité émotionnelle ne fait qu’accentuer l’effet de stress.

 Comme nous l’avons constaté, le stress est à mi-chemin entre le stimulus qui le déclenche et notre subjectivité. De ce point de contact entre la réalité et une psyché parfois handicapée par sa propre histoire, notre corps se dresse et fait rempart. Aux mille et une occasions d’être stressé, il offre cette réponse unique dont l’intensité fixe la nocivité. Il vient nous rappeler l’une de ses fonctions primordiales : sauvegarder notre intégrité. Il use de son propre langage pour décrire ses réactions à nos conditions de vie. En cela, poser des limites à nos comportements modernes revient à redonner une validité indubitable aux réactions de l’organisme.
 Encore une fois, ce n’est pas l’élément stresseur qui est nuisible, mais bien notre capacité à l’affronter sans perdre pied. En comprenant les mécanismes du stress, nous parvenons déjà à nous désengager d’une conduite à risque psychologique. En définitive, le stress est un processus régulateur dont la réussite vise à notre adaptation et dont l’avortement devrait nous amener à repenser notre mode de vie. Aussi, si le stress négatif envahit de plus en plus de gens, craignons que notre mode de vie entretienne un substrat de plus en plus propice à son développement. Loin de dramatiser nos conditions d’existence, apprenons déjà à en déterminer les causes et à nous en prémunir. D’autre part, à en effleurer les innombrables conséquences tant sur un plan somatique que psychologique, saluons toute initiative qui consiste à gérer son stress, à se remettre à l’écoute de son corps et à s’octroyer des moments et lieux de vie qui nous ressourcent.
 En dernière analyse, l’équilibre organique de l’homme dépend d’une multitude de stimuli externes ou internes responsables d’un réajustement permanent. D’un certain point de vue, peut-être approchons-nous de l’idée de moteur immobile décrite par Aristote : le corps passe incessamment d’un équilibre à un autre depuis des millions d’années, et il semble que les chemins de l’évolution souscrivent à une gestion permanente de ses ressources en vue d’une adaptation qui n’est jamais garantie.

 

http://perso.club-internet.fr/stanb/Stress/stress.htm

http://www.jecommunique.com/ 
http://www.inrs.fr/htm/le_stress_au_travail.html 
http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/colloques/cr/Stressimmunite/defstressTh.html
http://www.redpsy.com/infopsy/stress.html
http://www.doctissimo.fr
http://www.e-sante.fr/magazine/article.asp ?idArticle=4851&idRubrique=25
http://richard.sunder.free.fr/32sidamaladievirtuelle.htm
http://www.eurekalert.org/staticrel.php ?view=stressFR
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