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Le bien-être

Le bien-être au troisième millénaire

 
Si l’on en croit la "Théorie des grandes vagues socio-économiques" de Nikolai Kondratieff, tous les 40 à 60 ans, la société subit un processus fondamental de réorganisation. La sixième vague, marquée par un développement crucial des domaines de la santé et du bien-être, devrait entraîner des mutations inédites dont on sent déjà les prémisses dans les pays les plus riches. En effet, au vu de l’économie américaine, on constate que d’ici à 2010, le budget alloué à l'industrie préventive "du bien-être" devrait représenter les deux tiers du budget consacré à la santé curative.
 Les "baby boomers" avaient provoqué la plus grande hausse du marché boursier de l'histoire, le boom du logement, l'Internet. Et leurs enfants entendent bien préserver ce qu'ils ont de plus cher : leur jeunesse. Pourquoi l'industrie du bien-être va dépasser dans les dix prochaines années l'industrie de la santé (maladie) ? Tout part d’un revirement, d’un paradoxe fondé sur la discrimination du poids et de la santé. Si l’obésité rimait autrefois avec richesse et opulence, les choses se sont totalement inversées pour souligner le soin particulier qu’ont les gens riches de leur santé et de leur bien-être. Dans un pays comme les États-Unis où l’obésité touche 27% des personnes, s’instaure un système à double vitesse véritablement « sanitocratique ».
 Industrie réactive, elle répondra de fait à un besoin formulé par le client lui-même dans une exigence de santé avant tout préventive. Chacun de ces clients de bien-être satisfait entame une consommation à vie de produits et services qui peuvent améliorer chaque aspect de leur vie à tout moment de leur vie (50 % des Américains prennent des compléments alimentaires, l'industrie des vitamines et minéraux n'en est qu'à son balbutiement).
  
 Le marché de la santé – En premier lieu, force est de constater que la santé joue un rôle prépondérant dans nos modes de vie occidentaux, et qu’en l’occurrence, le concept de santé en lui-même dépasse aujourd’hui le seul cadre de la maladie. De médecine curative à soins et attitudes préventifs, nous avons peu à peu glissé de la notion de corps machine à une vision plus systémique qui associe la santé à la forme et à la beauté autour du concept de bien-être. Aussi, la mesure de notre bonne santé prend en compte de nouveaux paramètres tels que les conditions de vie et l’environnement, la sociabilité et le bien-être mental.
 Les conditions de vie ont évolué rapidement, ou ont tout au moins fait l’objet d’une attention particulière ces dernières années. Avec une espérance de vie allongée, un progrès de la médecine, une explosion des traitements de santé ou de bien-être, de régimes alimentaires et de soins du corps, de prises en charge psychologiques, notre vision du monde s’ouvre lentement mais sûrement vers une préoccupation de santé à mi-chemin entre le physique, le psychologique et le « spirituel ».
 A contrario des siècles passés, une bonne santé est caractérisée par une belle silhouette, un beau teint, eux-mêmes garantis par des exercices physiques réguliers, une alimentation saine et l’ingestion de produits complémentaires à une bonne santé (DHEA…). Après une longue période marquée par l’autorité des produits " moins " (moins gras, moins sucrés), la France connaît désormais l’avènement des produits " plus " (enrichis en vitamines, fer, caféine, sels…). Caractérisés par une efficacité non systématiquement reconnue, les " aliments fonctionnels " ou " alicaments " ou encore " aliments cosmétiques » connaissent en effet un succès important au Japon et aux Etats-Unis.
 Les observatoires menées récemment en France montrent que les femmes constituent la frange principale utilisatrice de ce genre de produits. Certes, même si les hommes s’intéressent de plus en plus à leur santé et leur bien-être corporel, ils souscrivent néanmoins en nombre beaucoup plus réduit à ces « plus » dans leur alimentation. En l’occurrence, et comme en atteste une étude menée en 2001 par le Centre d'information sur les vitamines, 73.5% des hommes affirmaient leur désintérêt pour les régimes alimentaires. Mais l’analyse révélait encore que les décès liés à une alimentation inadaptée représentent un taux majeur de la mortalité masculine. Ce désintérêt face à une surenchère à l’information leur porte toutefois préjudice en ce sens que suivre les principes d’une alimentation saine aurait des conséquences positives au demeurant bien réelles, notamment en ce qui concerne les risques de maladies cardio-vasculaires.

 Le boom de l'automédication – La santé est une source de préoccupation importante dans les pays développés. La vieillesse n'y est plus synonyme de maladie ou de dégénérescence ou encore de sénilité. L’homme veut désormais tirer bénéfice de son grand âge dans des conditions de santé et d’autonomie optimales. Le ministère de la Santé avançait en 2001 que 78% des Français âgés de plu de 40 ans n’avaient pas peur de vieillir. Compte tenu que l’espérance de vie s'accroît de 2,5 ans tous les 10 ans et de 4 mois par an selon les études du même ministère, on conçoit que les personnes âgées entendent jouir au maximum de leur retraite. 
 N’en reste pas moins que cette jouissance est directement tributaire de l’état de santé. Et dans le sillage de la logique traditionnelle, il est normal que les dépenses de santé augmentent avec le vieillissement. Toutefois, force est de constater que le phénomène s’étend à tous les âges adultes et que la seule évolution démographique ne suffit pas à l’expliquer. En outre, la dépense courante de santé s’est accrue de façon ininterrompue ces dernières années. Avec une augmentation de +13% en 3 ans en 1999, on peut dire que le Français est un très gros consommateur de médicaments.
 D’autre part, et toujours selon cette étude de Francoscopie datant de 1999, quelques 73% des Français font régulièrement le choix de l’automédication pour traiter leurs maladies. A elle seule, cette forme de traitement représente 10% des dépenses totales effectuées dans les pharmacies pour un volume de produits en vente libre estimé à 509 millions d'unités. S’ajoute à cela un engouement croissant pour les médecines douces ou alternatives telles que l'homéopathie (15% des Français de plus de 15 ans y ont recours), en premier lieu, suivie par l'ostéopathie (4%) et l'acupuncture (3.8%). Cures ou traitements ponctuels viennent se substituer ou se rajouter aux prescriptions allopathiques. Le marché de la thalassothérapie connaissent une fréquentation élevée et continue. Tout cela étant le signe manifeste d’un changement de mentalité à l’égard de la maladie. Si, avant les années 50, il n’était uniquement question que de subir la maladie, après une période courant jusqu’aux années 70 où il était question de la soigner, nous entrons de plain pied, en ce troisième millénaire, dans l’ère de l’optimisation de la santé et de la prévention qui laisse une place prépondérante au ressenti et à l’émotion corporelle. 

 Les analyses de la Sofres constituent un Baromètre des Valeurs des Français depuis 1990. Ainsi, l'édition 2002 dessine les changements sociaux du nouveau millénaire. Dans le domaine du bien-être, il s’agit de considérer au premier chef l’impact du mouvement d’individualisation continue qui ne cesse de s’affirmer. Au bout de cette individualisation marquée par une dissociation des valeurs traditionnelles, l’homme aspire à une vie de famille, une spiritualité qu’il se compose sur mesure. Privilégiant la sécurité de l’emploi à un carriérisme incertain, l’employé voit les 35 heures comme un moyen de décentrer sa vie du travail vers plus de loisirs. Prendre le temps de vivre, de partager semble prendre le pas sur un rythme de vie souvent vécu comme stressant. Il ne s’agit pas de « faire plus de choses mais de mieux les faire ».  
 A ce titre, les hommes s'occupent de plus en plus d'eux-mêmes. Comme les femmes, ils deviennent conscients de l'importance de leur corps et de l'image qu'ils projettent. Les freins psychologiques liés à l’utilisation de produits de beauté sont moins prégnants que jamais. La diffusion des valeurs féminines ont peu à peu gagné notre monde traditionnellement patriarcal. Les dépenses masculines en produits de beauté représentaient 10% des dépenses totales en 1999 selon Francoscopie, sans oublier le fait que les hommes utilisent également les produits de leurs femmes (shampoings, déodorants, crèmes, produits solaires). L’envol des magazines de santé et de beauté destinés aux hommes venant en attester de façon singulière.
 Bien entendu les marges d’évolution sont aussi disparates que les publics concernés, mais même pour ceux chez qui cela n’en est encore souvent qu’au stade d’intention, on s’interroge de plus en plus sur son style de vie et on se recentre sur soi-même. Le développement personnel, la place des émotions et du ressenti en phase avec la féminisation de la société, et la valorisation du domaine personnel sont aussi marqués que le recul d’intérêt pour les institutions et les valeurs traditionnelles de la société. La prise de conscience du poids du vécu émotionnel et de l'environnement familial et social dans l'apparition ou l'aggravation de certaines maladies a entraîné une augmentation sans précédents du nombre de Français consultant un sociologue, un psychologue ou un psychothérapeute. Il est devenu aujourd'hui monnaie courante de consulter quelqu'un ou de se décharger de son stress via des méthodes comme la relaxation, la sophrologie ou encore le yoga. Dans cette société occidentale en pleine mutation, il semble que chacun doivent faire le chemin de penser sa vie au gré de valeurs nouvelles qui ne trouvent certes pas encore d’assise institutionnelle mais qui sont vantées et véhiculées pas les médias comme jamais.

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