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Le Tao

 A mi chemin entre une pensée religieuse et philosophique, le taoïsme constitue un syncrétisme complexe qui s'est développé en Chine au VIe siècle av. J.-C. Il est devenu, avec le bouddhisme, l'une des deux grandes religions chinoises. Le taoïsme se montre davantage préoccupé de l'individu, de sa conscience et de sa vie spirituelle, voire spéculative, dans sa recherche d'une harmonie avec la nature et l'univers. Vers le IVe ou le IIIe siècle av. J.-C., s'élabore un double courant matérialiste, explicatif de l'Univers et de ses mécanismes.
 D'abord l'école du yin et du yang, mentionnée pour la première fois dans un ouvrage intitulé Discours des États et qui faisait état de deux forces fondamentales du cosmos : d'une part le yang, qui représente l'énergie solaire, la lumière, la chaleur, la force mâle, le positif, d'autre part le yin, qui est lunaire, obscurité, froideur, énergie féminine, passivité. De l'interaction de ces deux notions, de leur équilibre et de leur alternance naissent tous les phénomènes de la nature. Ensuite, complétant le concept précédent, un autre courant, exposé dans le Livre des Documents, interprète la structure de l'Univers par la présence des Cinq Éléments (eau, bois, feu, métal, terre), qui ont leur correspondance dans les saisons, les points cardinaux ou les fonctions biologiques (les Cinq Viscères : cœur, poumons, reins, foie, rate).
 De ces courants de pensée spiritualistes ou matérialistes naquit, au IIe siècle apr. J.-C., la véritable religion taoïste. Ainsi l'idéal du véritable taoïste doit-il être le choix d'une existence empreinte de modestie et qui se garde de désobéir à l'ordre naturel des choses, à la Nature. La parole, la pensée même sont inutiles parce que accessoires et illusoires. L'homme, ce microcosme, doit se fondre dans l'Univers, ce macrocosme.
 
 Les principes de la pensée taoïste – Tout d’abord la pensée chinoise s’appuie sur cet axiome : l’univers, c'est l'oscillation des deux forces Yang et Yin, et leurs vicissitudes. Il n’y a pas de Dieu créateur à l’origine de la vie. Il existe d’emblée une force positive, qu'ils appellent "Yang", et une force contraire, négative, qu'ils appellent "Yin". Ces deux forces agissent constamment l'une sur l'autre, s'attirent et se repoussent continuellement. Lorsque l'une croît, l'autre décroît dans les mêmes proportions. Ce sont les interactions infinies entre le Yang et le Yin qui donnent naissance à l'Univers et génèrent l'Énergie Cosmique. Graphiquement, le Yang est représenté par une ligne continue et le Yin par une ligne brisée.
 Le second axe de la pensée taoïste repose sur l’axiome que l'être humain fait corps avec l'Univers : c'est un microcosme au sein du Macrocosme. Contrairement aux Occidentaux, les Chinois ne conçoivent pas l'être humain comme une entité destinée à vaincre et à dominer l'Univers, mais à s'y soumettre. Pour eux, l'être humain est une parcelle de l'Univers et porte en lui toutes les caractéristiques de celui-ci. C'est en se conformant aux lois de l'Univers que l'être humain trouve son salut et son bonheur. Par contre, il devient malheureux et court à sa perte dès qu'il viole ces lois.
 L'Univers est en évolution permanente, et cette évolution se fait par cycles. Sur ce troisième point, la pensée occidentale et la pensée chinoise s'accordent pour reconnaître que l'Univers est en perpétuelle évolution : dans la Nature, il n'y a que le changement qui est permanent. Mais si la première stipule que l'Univers évolue de façon irréversible, suivant une direction linéaire, pour la dernière, au contraire, tout n'est que recommencement sans fin, et les évolutions de l'Univers tout entier se caractérisent par leur cyclicité.

 Le Tao te king – Appelé également de façon éponyme « Livre de lao-tseu », le Tao te king remonte à l'an 600 avant notre ère. Selon la légende, Lao-tseu fut pressé de coucher par écrit toute sa sagesse avant de se retirer dans les montagnes de l’Ouest. Aujourd’hui, Le Tao te king, qui est un quasi-défi pour les métaphysiciens et les traducteurs, est devenu le fondement et le canon officiel du taoïsme.
 Le Tao et le Te, La voie et la vertu. Le Te, mot qu'on traduit généralement par vertu, désigne l'équité et tout ce qui est en conformité avec le Tao, ou Voie. En un sens le Te, c'est le Tao manifesté, la révélation de la vraie nature du Tao. Dans le contexte taoïste, la notion de vertu ne sous-tend aucune tonalité moralisatrice. Elle est une qualité interne émanent du Tao. Tchouang tseu la définit comme la « parfaite réalisation de l'harmonie », et ajoute « rien n'est plus funeste que la vertu délibérément cultivée qui est toute entière tournée vers le monde extérieure ». Certains prétendent que le taoïsme est dépourvu de morale mais le sage qui est l'incarnation vivante du te, n'a que faire de la morale. Son sens de l'équité et son harmonie avec le monde on atteint un tel degré de perfection, qu'il agit dans la spontanéité la plus totale. Ainsi il est dit : après la perte du Tao, vient la vertu, après la perte de la vertu , vient la bonté ; après la perte de bonté, vient la justice  ; après la perte de la justice vient le rite.

 Morale taoïste – Vouloir définir le sens du Tao par mots et raisonnements reviendrait à l’amputer de son caractère insaisissable. Le concept de Tao ne peut être compris par la seule raison et nécessite une faculté qui la transcende. Toutefois, en aucun cas le Tao ne saurait être assimilable à Dieu. De fait, le taoïsme est un mode de pensée non théiste. Précisons seulement que son dessein est de dépasser l’expérience sensible et l’expérience humaine par le biais d’une harmonisation totale vis-à-vis des lois de la nature. En outre l’expérience du Tao n’est compréhensible que dans l'expérience. Aucune école de pensée n'est capable d'enseigner sa nature vu qu’elle ne repose sur aucun dogme. A ses yeux, les mots entraînent avec eux la confusion, les malentendus et les interprétations sans fins. « Ne mesure pas l'immesurable avec des mots. N'essaie pas de t'élever par la pensée aux régions insondables. »
 On ne trouve, dans le taoïsme, aucune doctrine du pêché. Pour lui la moralité est inséparable de la spiritualité et, de ce fait, il n'y a aucun idéogramme chinois qui rendrait la conception occidentale du péché et du sentiment de culpabilité. Le péché c'est l'ignorance, la bêtise, la déraison : aucun être sensé n'agirait sciemment dans un sens ou dans un autre, sachant qu'au bout l'attendent le châtiment et la souffrance. L'infraction des lois naturelles entraîne inévitablement des sanctions. Pécher signifie déranger l'ordre cosmique, d'où, il résulte un déséquilibre qui introduit l'agitation dans l’esprit individuel d'abord, dans la société par la suite. L'ignorance est à l'origine du mal-être spirituel de l'homme. Les règles sévères et rigides, le taoïsme les condamne, parce qu'elles détruisent la spontanéité dans l'homme. Tout code moral donne un faux sens de sécurité. On le suit et tout semble pour le mieux. Mais, devant les situations toujours changeantes de l'existence, toute rigidité est synonyme de mort.
Les lignes toutes tracées de l'habitude font croire à l'homme que tout est bien dans le meilleur des mondes. Cela est vrai en apparence, mais pas en profondeur. Au regard de l'homme sage, la moralité est une norme interne. « L'homme sage ne connaît pas le péché ; il a cessé de faire le mal et, par sa sagesse, il annule tous les maux de sa précédente vie . » 
 
 Le tao engendre dans le monde incarné des opposés à interaction réciproque, le yin et le yang, comme le montre le puissant symbole du Tai Ji. Yin et yang sont les deux pôles du monde phénoménal. Ils s’attirent mais se repoussent aussi mutuellement. Tous les phénomènes sont éphémères, leurs proportions yin et yang variant constamment. Rien n'est totalement yin, rien n'est totalement yang. Le yin a pour caractéristiques la douceur, la passivité, la féminité, les ténèbres, la vallée, le pôle négatif, le non-être. Le yang a pour caractéristiques la dureté, la masculinité, la lumière, la montagne, l'activité, le pôle positif, l'être. Toute énergie est manifestée dans cette dualité, en tant que modulation particulière du QI, énergie primordiale de l’univers.
 Ce principe binaire est présent dans tous les domaines : amour, guerre, finance, et bien sûr santé. « Le Yin/Yang est la loi générale de l’univers. » dit le Su Wen. En médecine traditionnelle chinoise, la loi du Yin/Yang guide le médecin à tous les niveaux : prévention, diagnostic, thérapie. Rester en bonne santé, c’est être en harmonie avec les lois de l’univers. Dans le domaine de la morale, il guide aussi nos pas. Car le comportement juste implique qu'on respect les lois de la Nature et pratique la Vertu ; qu'on vive en conformité et en harmonie avec elles. Sans quoi, on attire à soi des sanctions, proportionnelles à la gravité de la désobéissance : manque d'harmonie, isolement et affliction. Et le Ciel n'échappe pas à ces règles, puisque dans l'univers toutes les choses sont interdépendantes.
 Le taoïsme exclut tout autant des notions comme la consécration, les demandes en pardon ou la prière faite en vue d'exaucer des voeux personnels. Quand l'homme conçoit le péché comme une marque d'ignorance, non point comme une désobéissance au commandement divin, il échappe par-là au complexe de culpabilité, qui tourmente tant l'esprit des Occidentaux. Selon la philosophie du yin et yang, celui-ci se lève par suite d'une concentration trop exclusive sur le bien. Voulant exclure le mal, on provoque un déséquilibre entre les forces yin et yang. Le souci du monde chrétien d'ignorer l'aspect obscur des choses est une aberration aux yeux du taoïsme. Le taoïsme originel est tout à fait exempt de concepts comme l'enfer, le diable, les ténèbres éternelles, les forces du mal, en opposition direct avec un Dieu lumineux et bon. De fait, rien dans l'univers n'y est conçu comme intrinsèquement mauvais.

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